CycloBann oct11

Croatie – septembre 2013

Au mois de septembre 2013, Chantal et moi avons participé à un voyage organisé par la Fédération française de cyclotourisme en Croatie.
Voici quelques impressions de voyage de ce beau pays.

On raconte qu’en passant au-dessus de la côte Dalmate, la belle Aphrodite a secoué sa longue chevelure dorée et qu’il en est tombé une pluie d’îles.
Ici, partout, la mer et la terre se confondent. On ne sait plus si on est sur une île ou sur le continent, passant sans cesse de l’une à l’autre par des ports minuscules où les bacs se faufilent, par des ponts où souffle la bora, un vent froid et sec qui dessèche la terre et en crée un décor lunaire. On ne sait plus si on retrouvera la verdure puis d’un seul coup, après avoir passé l’arête qui balafre l’île de Pag du nord au sud, on retrouve une luxuriante végétation méditerranéenne.

Le pays avait tout pour séduire les anciens. Les grecs y ont bien entendu fait commerce et à leur suite, les romains se sont installés. Après tout, l’Adriatique fait partie de la « mare nostrum », la Méditerranée dont ils deviennent les seuls maîtres au fil de guerres de conquête rondement menées.

On a peine à croire à quel point ils étaient nombreux dans ces cités qui s’ouvrent maintenant au tourisme et se développent. A Pula, 60.000 habitants à l’époque, ils construisent un amphithéâtre capable d’accueillir 23.000 spectateurs.  A Split, l’empereur Dioclétien se fait construire un palais de 40.000 m2 où il vint couler une paisible retraite à l’aube du 4ème siècle.

Les innombrables criques, les montagnes escarpées qui viennent se jeter dans la mer offrent des repaires aux aventuriers de tout genre. Les turcs, les slaves, les hongrois, les autrichiens, les vénitiens vont se déchirer le pays et y semer les mauvaises graines de la discorde qui déchirera le pays jusqu’aux années 1990.

En ce mois de septembre 2013, nous avons suivi la route n° 8, la « Magistrale » qui mène de la frontière slovène jusque Dubrovnik, la perle de l’Adriatique, rivale ancestrale, en commerce et en beauté de la Sérénissime Venise.

Nous avons d’abord découvert l’Istrie, et Pula déjà nommée. Nous avons logé dans la minuscule cité de Rabac, (dépêchez-vous d’y aller avant qu’elle ne soit défigurée par le tourisme de masse). Nous avons traversé Opatija, la résidence d’été des Habsbourgs, Rijeka et son immense port et ses chantiers navals.  
Nous sommes alors passés dans les îles : Krk d’abord où seuls trois courageux purent aborder à vélo, les autres participants ayant préféré renoncer tant la pluie et les orages du matin avaient été violents. Qu’on se rassure, le reste du séjour fut ensoleillé comme il convient sur le littoral adriatique.
Le vent était si violent sur le pont de Krk que nos trois cyclistes furent interdits de traversée. C’est finalement en camion que les préposés du péage les emmenèrent sur l’île.

Après cet intermède, il y eut l’île de Rab dont la capitale du même nom offre aux visiteurs ses ruelles, ses placettes, ses gracieux campaniles et un vcisage des plus charmants.
La lunaire Pag est célèbre pour sa dentelle et surtout pour son fromage de brebis. Des murs de pierre sèche courent dans la campagne.

Retour sur le continent : Zadar mérite une halte prolongée. Les monuments, les églises y sont nombreux tels l’église Saint-Donat, magnifique de simplicité ou encore la cathédrale qu’on ne peut visiter en cuissard pour cause … d’indécence !
Sur la route de Split, nouvel arrêt prolongé à Trogir. Ah, quelle belle cité, ceinte de remparts et où le représentant des doges de Venise, entourait son château fort d’une profonde douve, autant pour se protéger des habitants de la cité qu’i était chargé d’administrer que des possibles envahisseurs marins.

Nous avons évoqué Split. L’immense palais, transformé au fil des siècles, est toujours habité par près de 900 familles. Les chrétiens ont transformé le mausolée de l’empereur païen et en ont fait une minuscule cathédrale. Les deux artères principales se croisent au péristyle et conduisent aux quatre portes monumentales  par où arrivaient les visiteurs de Dioclétien.
Etonnant  mélange de ville-musée et de lieu d’une vie animée. C’est dans les soubassements immenses qu’on perçoit le mieux la taille du palais.

Après Split, nous fîmes enfin une échappée hors de cette « Magistrale » à la circulation parfois infernale pour remonter la vallée de la Cetina. De quoi attiser les regrets de ne pas avoir plus souvent visité l’arrière-pays.

Le périple se continua alors jusque Dubrovnik. Au passage, nous avons traversé le vaste delta de la Mitina, transformé en jardin potager de la Dalmatie.

Nous étions partis de Slovénie et pour un court passage de 10 kilomètres, nous avons aussi  posé nos roues en Bosnie-Herzégovine, touchant ainsi notre troisième république balkanique.  L’étroit couloir qui donne un accès –tout théorique – à la mer à cette république est une survivance du passé ragusain. Nous y reviendrons.

Voici enfin le terme » de notre voyage, la merveilleuse cité de Dubrovnik que nous découvrons d’abord dans la féerie de ses illuminations nocturnes. Pendant toute une demi-journée, nous avons eu le loisir de visiter ses joyaux, ses énormes remparts, ses églises et ses couvents, son palais du recteur.
Dubrovnik s’appelait République de Raguse au temps de sa splendeur. Pendant des siècles, elle fut la rivale de Venise et ses bateaux faisaient commerce sur tout le pourtour méditerranéen. De quoi attiser les convoitises. Raguse n’avait pas d’armée mais le sens des affaires et de la diplomatie. Pour protéger sa liberté, le « bien suprême », inscrit en lettres de pierre sur ses monuments, elle construisit ses remparts. Pour se protéger du danger de la dictature, elle changeait chaque mois de recteur, toujours choisi dans la noblesse et assigné à résidence en son palais pendant la durée de son mandat.
Enfin, pour se protéger du puissant voisin turc qui occupait alors l’actuelle Bosnie et se ménager la bienveillance, elle s’engagea à lui verser une considérable rente annuelle (Raguse était richissime) et lui offrit le couloir vers la mer qui coupe encore aujourd’hui la Croatie en deux.

C’est finalement … Napoléon qui mit un terme à son indépendance et y fit construire un fort qui surplombe la ville sur une colline de 400 mètres de haut. Ce fort servit bien aux  défenseurs de la ville en 1991 lorsque les troupes serbes firent le siège de la ville pendant 7 mois et ne parvinrent pas à la soumettre malgré un pilonnage intensif qui détruisit nombre d’habitations et de monuments.
Fort heureusement, grâce à l’UNESCO et à l’Union europééenne, la ville s’est rapidement relevée de ses ruines et elle subit maintenant l’invasion pacifique d’innombrables visiteurs ébahis devant tant de beauté.

Ce fut un bien beau voyage. Notre seul regret est de n’avoir vu que le littoral de ce tout nouvel état européen, le 28ème depuis le 1er juillet de cette année et de n’avoir pu en découvrir les campagnes et les montagnes. Sans doute faudra-t-il y revenir !

Le 30 septembre 2013 - Fernand Yasse

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